play_arrow
Entre le Ciel et l’Enfer d’Akira Kurosawa Carlotta Stephane Grobost
En 1963, Akira Kurosawa signe avec Entre le ciel et l’enfer l’un des films les plus radicalement originaux de sa carrière — et de l’histoire du cinéma policier. Loin des samouraïs qui ont fait sa légende, il plonge dans le Japon contemporain pour livrer un thriller moral d’une rigueur implacable, librement adapté du roman Rançon sur un thème mineur de l’Américain Ed McBain. Kurosawa découpe le récit en deux blocs distincts. Un huis clos quasi théâtral dans la villa d’un industriel prospère — le ciel, au sens propre, dominant la ville — puis une plongée nocturne dans les bas-fonds de Yokohama, ses ruelles, sa drogue, ses ombres. Deux films en un, reliés par une scène centrale dans un Shinkansen lancé à pleine vitesse qui est, à elle seule, une leçon de cinéma. Sur le fond, le film dépasse largement le genre policier. Kurosawa y dissèque la lutte des classes, la morale face à l’argent, la honte sociale — des thèmes d’une modernité troublante que Bong Joon-ho, fan déclaré du film, a visiblement médités avant de tourner Parasite. La verticalité du récit — ceux d’en haut, ceux d’en bas — n’est jamais un simple décor : c’est le cœur du propos.Cette ressortie en 4K restaurée par Carlotta Films révèle avec une netteté saisissante le noir et blanc contrasté d’Asakazu Nakai, directeur de la photographie — chaque ombre portée, chaque contre-jour acquiert une profondeur nouvelle. Un travail de restauration exemplaire, présenté en Dolby Vision, qui restitue aussi le mixage quatre pistes d’origine voulu par Kurosawa, pour un film à redécouvrir comme au premier jour.
carlottafilms.com/films/entre-le-ciel-et-l-enfer